Ne me demandez pas quand exactement, ni avec qui. Je ne l’aurais pas dit, même si mes souvenirs étaient parfaitement clairs. Ce qui me reste, c’est une image, une sensation — comme un rêve ou un fantasme.
Pendant une garde, encore interne en psychiatrie, j’interviens dans un service. Mon accent encore fort, ma maladresse de celui qui débarque… tout trahissait mon origine. Les deux infirmières présentes me posent les questions habituelles. Parmi elles :
— En Iran, les femmes sont soumises. Comment tu vois la situation ici ?
— Malgré les apparences, je ne vois que des femmes. On est tous humains, ai-je répondu.
— Non. Ce n’est pas possible. Nous ici, on n’est pas soumises.
Alors j’ai eu un éclair — ou un élan d’inconscience, mêlé à mon esprit joueur :
— Montrez-moi que vous n’êtes pas soumises.
Ce qui a suivi ne m’est jamais arrivé ailleurs. L’une après l’autre, elles ont retiré leur blouse, leur soutien-gorge, et se sont approchées. À la première, j’ai caressé le visage avant de guider sa tête vers le bas. La seconde s’est placée derrière moi, ses seins nus sur mes épaules.
Ce souvenir, je ne sais pas s’il est vrai ou rêvé. Mais il est là. Un paradoxe gravé : deux femmes affirmant leur liberté en se soumettant à mon désir. La scène parfaite qu’un homme typique trouve idéale — et qu’une femme typique refuserait d’accepter.
Le temps passe. L’image se brouille.
Lors de mon dernier voyage en Iran, pendant une soirée, j’ai vu des femmes sans foulard, dansantes, rieuses, parfois dévêtues. Ce que j’ai toujours désiré, en tant qu’homme — et que les Iraniennes m’avaient refusé.
Je garde maintenant ce souvenir-là, réel, limpide : ces femmes que l’Europe croit soumises, ôtant d’elles-mêmes les signes de soumission.
Oui, je suis un homme, et j’aime les femmes en décolleté, en minijupes, sur la piste de danse. J’aime celles qui se conforment à mon désir.
Mais je suis aussi philosophe. Et je me méfie des mots qui enferment et des regards qui réduisent.
Entre soumise et libre, il y a un monde. Un monde de femmes, entières, vivantes, qui n’appartiennent à aucune de nos définitions.
Je vous implore donc : lavez vos yeux avant de regarder les femmes.
Lavez vos yeux, avant de leur demander de se conformer à ce que vous aimez voir.
(Allusion à Sohrab Sepehri)
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